Argument             

La Psychanalyse au Pied de la Lettre                                      

« Vous verrez comment le langage se perfectionne quand il sait jouer avec l’écriture. »  

Jacques Lacan, Séminaire Livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 35.      


La lettre fait désignation, elle nomme.

Introduite par Lacan, la lettre, que cela soit dans « la lettre volée » ou dans « lituraterre », a été articulée à l’inconscient réel. L’aphorisme lacanien : « l’inconscient, c’est un langage », structuré métaphoriquement et métonymiquement, fut insistant, et posa une interrogation nouvelle: « La question n’est pas tellement de savoir pourquoi l’inconscient qui est là, articulé à fleur de terre, reste exclu pour le sujet, non assumé – mais pourquoi il apparaît dans le Réel » 1973, J. Lacan, Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001.

Dans le séminaire RSI, Lacan supposera un Réel chez Freud, refoulé dans le Symbolique, et une jouissance induite par l’ex-sistence de quelque chose, une jouissance phallique, « c’est au Réel comme faisant trou que la jouissance ex-siste » (Lacan, 1974b, p.15).

Et plus tard il précisera que « l'inconscient, c'est le Réel (...) le Réel en tant qu'il est troué ». Le Réel est troué par le Symbolique car c’est le signifiant qui fait trou, le Réel n’est autre qu’une dimension de l'expérience humaine qui échappe à la symbolisation et à la représentation linguistique.

Dans « Joyce le symptôme », Lacan reprend la conception freudienne afin de clarifier le terme de « parlêtre », débouchant sur le Réel. Le parlêtre est un inconscient structuré par le langage et par le corps qui jouit, « Le Réel c’est ce qui ex-siste au sens, en tant que je le définis par l’effet de Lalangue » (Lacan, 1975a, p. 51).

La lettre, en tant que composante du signifiant, est elle-même une unité symbolique qui porte des significations multiples et changeantes. Elle est un élément du langage qui peut être perçu, entendu et interprété.

Léla Chikhani écrit dans Lalangue et la lettre déchet (2020): « Au-delà des énoncés, le corps est voix de l’Autre, et porte son désir et avec la lettre, le corps prend voix. Lalangue est d’abord réson d’une voix qui s’enracine dans le corps et enracine le sujet. » Elle continue « Lalangue est ainsi hors de la norme, du pacte et du désir et se retrouve dans la singularité de la jouissance. Lalangue de la parole, est trace, son, réson, lettre, parole d’avant la parole. La Une lalangue de l’Un corps, fait tous les autres Uns. »

Mais la lettre ne se limite pas à sa matérialité physique, elle est également investie d'une dimension psychique et symbolique. Ainsi, la lettre peut agir comme un révélateur des processus inconscients et des désirs refoulés. Cette lettre, forme l’écriture, et cette dernière fait trace.

La lettre, en tant que signifiant, est également liée à la question de la castration symbolique Lacan affirme que la reconnaissance de la « lettre morte » et de ses limites est un passage essentiel dans le développement psychique, marquant la perte de l'illusion d'une signification totale et complète. Cette reconnaissance permet à l'individu de s'engager dans un processus de symbolisation et de construction du sens, mais pas sans reste, pas sans faille que recouvre l’objet a.

Notre journée d’étude sera consacrée à approfondir notre compréhension de la manière dont le sujet et le langage, - son, voix et signifiant, qui nous impactent -, se constituent et s’articulent mutuellement. Elle nous invite à réfléchir sur les liens étroits entre la lettre, le langage, l'inconscient et la psychanalyse, dans une perspective renouvelée pour la pratique clinique et la psychanalyse de nos jours.


La commission scientifique


                              

   


  
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